Archives de la famille Llorens Caballer

EmilioLlorensCaballer

Ouvrier textile. Militant. Commissaire politique. Exilé.

Portrait dédicacé d’Emilio Llorens Caballer en 1945
Lieu à relire, 7 août 1945Archive familiale

De Godella à La Sagrera, de Ferrol aux rives de l’Hérault : une famille prise dans la lutte, la répression et l’exil.

Une famille ordinaire traversée par une histoire qui ne l’était pas.

Emilio Llorens Caballer naît en 1901 dans la ville de Valence et grandit dans la Barcelone ouvrière. Imprimeur sur étoffes, militant de la CNT, époux de Maria et père de trois filles, il devient en 1936 commissaire politique d’une batterie côtière à Calella.

Son parcours appartient à une histoire plus vaste : huit enfants Llorens Caballer, un frère exécuté après la capture du Mar Cantábrico, et des femmes qui maintiennent la famille dans Barcelone franquiste. La défaite républicaine pousse Emilio sur les routes de France. Camps, travail en Seine-et-Marne, projet d’émigration au Mexique, puis Agde : trente années d’exil avant sa mort en 1969.

8enfants dans la fratrie
3filles
4portraits de la fratrie retrouvés
30années d’exil

Quatre chemins pour explorer l’archive

D’une rive à l’autre

Une géographie recomposée à partir des actes, des dossiers militaires, des cartes de réfugié et des photographies dédicacées.

01Valence / Godellanaissance / racines familiales
02Barcelonetextile · CNT · famille
03Calella7e batterie
04Aragon / Èbreartillerie républicaine
05Frontière françaiseRetirada · camps
06Les Écrennestravail · projet mexicain
07Lieu non identifiédate certaine · toponyme à relire
08Agdefamille · CNT · exil

Les lieux signalés par « ? » restent des pistes, pas des conclusions.

Le phare de Calella occupé par des soldats républicainsArxiu Històric Municipal de Calella · Fons l’Abans

Le phare sous le feu

Le 1er décembre 1936, un registre militaire place Emilio à la tête politique de la 7e batterie de Calella.

Cinq jours plus tard, l’histoire officielle du phare date l’installation d’une batterie antiaérienne sur le promontoire. Les souvenirs familiaux racontent une maison louée à proximité, les avions qui rasent la côte et la course vers le refuge de La Granja. Le témoignage du milicien Francesc Córdoba confirme ce paysage de guerre, sans permettre d’identifier tous les hommes photographiés.

«Dans les moments calmes, des habitants montaient au phare. On mettait le gramophone et l’on dansait.
Voir l’inventaire officiel du refuge

La vie, année après année

ADocumentéBSources croiséesCTémoignage / source secondaireDNon démontré
ADocumenté

Naissance dans la ville de Valence

L’acte civil déclare Emilio né au domicile de son père, à Valence. Godella est l’origine de ses parents et grands-parents, pas son lieu de naissance.

BSources croisées

De Godella à La Sagrera

La famille gagne Barcelone. Emilio devient ouvrier du textile, dans la section des imprimeurs sur étoffes du syndicat CNT.

ADocumenté

Mariage avec Maria Pons Peidro

Le couple se marie à Sant Martí de Provençals. Carmen naît en 1927, Eugenia en 1931 et Aurora en 1935.

DNon démontré

Le soulèvement militaire et la centurie

Militant confédéral, Emilio rejoint une centurie d’une colonne anarcho-syndicaliste. Le nom exact de cette première unité n’est pas établi.

ADocumenté

Commissaire politique à Calella

Une liste militaire le nomme commissaire politique de la 7e batterie du secteur de Barcelone, stationnée à Calella.

BSources croisées

Le phare devient batterie côtière

Le Port de Barcelone date l’installation d’une batterie antiaérienne au phare de Calella. Son identification avec la 7e batterie est très vraisemblable, mais le document ne cite pas Emilio.

CTémoignage / source secondaire

La famille à Calella

Maria, leurs filles et Rosa Peidró vivent près de lui. Les souvenirs familiaux racontent les mitraillages à basse altitude, le refuge de La Granja, les tirs venus de la mer et les rares jours de danse au gramophone.

BSources croisées

Un accident très probablement lié à Emilio

Las Noticias mentionne « Emilio Llorens, delegado político », venu de Calella et transporté à la clinique de la Mutualidad Alianza Mataronesa. Le nom, la fonction, le lieu et la date se recoupent ; le second nom Caballer manque.

ADocumenté

Eugenio, son frère, est fusillé

Premier steward du Mar Cantábrico, Eugenio Llorens Caballero est exécuté à Ferrol après la capture du navire républicain.

BSources croisées

Artillerie sur le front d’Aragon

Après la militarisation, Emilio sert comme commissaire dans un groupement d’artillerie de l’Armée républicaine. Le numéro exact de l’unité reste inconnu.

CTémoignage / source secondaire

La bataille de l’Èbre

La famille et la nécrologie situent Emilio sur ce front. Son parcours d’artilleur rend cette présence très plausible, sans qu’un registre nominatif de l’unité ait encore été retrouvé.

ADocumenté

Commissaire délégué de compagnie

Une nomination publiée au Diario Oficial du 26 novembre 1938 inscrit « Emilio Lloréns Caballé » parmi les commissaires délégués de compagnie de l’Armée de terre.

CTémoignage / source secondaire

La Retirada

Il franchit la frontière française avec la défaite républicaine. Sa notice libertaire évoque plusieurs camps ; les dix mois à Argelès-sur-Mer relèvent de la mémoire familiale.

ADocumenté

Les Écrennes et le projet mexicain

Installé en Seine-et-Marne, il signe une demande collective au consul du Mexique. Sa fiche le décrit âgé de 38 ans, ouvrier « Fabril y Textil », prêt à accepter un emploi. Il ne partira pas.

ADocumenté

Une photographie aux Écrennes

En vêtements de travail et béret, Emilio date et dédicace un portrait. La famille se souvient d’un travail lié au charbon de bois près de Paris.

DNon démontré

Un lieu à relire

Un portrait destiné à son épouse et à ses filles porte cette date. Le lieu manuscrit commence probablement par « Che… », mais ni sa lecture ni la commune ne sont établies.

ADocumenté

Une nouvelle vie à Agde

Il s’établit au 8, rue Terrisse. Sa carte de réfugié le dit marié et agriculteur ; le dossier OFPRA porte des renouvellements jusqu’en 1963.

ADocumenté

La famille réunie

Maria, Eugenia et Aurora rejoignent Emilio en France. Carmen, qui vient d’épouser Andreu Sanz Oliva en août 1948, choisit de rester à Barcelone.

BSources croisées

« Valencia » à la CNT d’Agde

Il milite dans la fédération locale de la CNT, où son surnom rappelle ses origines. La vie reprend entre famille, travail agricole et communauté d’exilés.

BSources croisées

Le tracteur et les petits-enfants

Une photographie le montre au tracteur avec son petit-fils Emili et sa petite-fille Rosa Maria, qui a confirmé l’identification. La datation reste reconstituée à partir de leur âge.

ADocumenté

Mort à Agde

Emilio meurt après une longue maladie et plusieurs opérations, à 67 ans. Ses nécrologies libertaires saluent un compagnon demeuré fidèle à ses convictions.

ADocumenté

Funérailles civiles

Espagnols et Français l’accompagnent au cimetière malgré les vendanges. Il repose au carré 14, tombe 114, dans la concession Iniguez Modeste.

Un nom au milieu d’une liste

Dans un registre militaire conservé à Salamanque, une ligne relie enfin une histoire familiale à un lieu et une fonction : « 7ª Batería (Calella) — Comisario político: Emilio Llorens Caballer — desde 1º Diciembre 1936 ».

SourceCDMH · PS-SERIE_MILITAR, 1098 · folio 336
Emilio Llorens Caballer aux Écrennes en 1942Les Écrennes · 16.07.1942

Recommencer en France

Dix années séparent la Retirada des retrouvailles avec Maria, Eugenia et Aurora.

Aux Écrennes, Emilio cherche une sortie vers le Mexique. Sa fiche de candidat à l’émigration résume une vie en quelques cases : 38 ans, « naturel de Valence », métier textile, hébergé dans le village. Le nom Caballer y est mal recopié « Paballer » — une erreur parmi celles qui compliquent aujourd’hui la recherche.

Fiche de demande d’émigration au Mexique d’Emilio Llorens
Le Mexique qui ne fut pas

La demande collective promettait d’accepter tout travail. Aucun départ n’a été retrouvé : l’itinéraire d’Emilio s’est poursuivi en France.

1937

Eugenio, le frère du Mar Cantábrico

Premier steward du cargo républicain, Eugenio Llorens Caballero épouse en mer la jeune Mexicaine Socorro Barbarena Palomino le 22 février 1937. Le navire est capturé le 8 mars. Socorro est expulsée ; Eugenio est fusillé le 8 juillet à Ferrol et enterré avec d’autres victimes au cimetière de San Mateo de Trasancos.

Cinq zones d’ombre
restent à documenter

Une biographie documentaire doit aussi montrer ses silences. Ces pistes désignent les prochaines archives à explorer.

01

Quelle première colonne en juillet 1936 ?

La notice libertaire parle d’une centurie confédérale, sans nommer la colonne. Durruti, Ascaso ou Ortiz ne peuvent être affirmées.

Piste : dossiers de milices et presse libertaire de Barcelone.
02

Quel groupement d’artillerie sur l’Èbre ?

La présence sur le front est cohérente et transmise par la famille, mais aucune pièce retrouvée ne donne le numéro de l’unité.

Piste : états nominatifs des commissaires de l’Armée de l’Èbre.
03

Quel lieu en août 1945 ?

L’écriture paraît commencer par « Che… », mais « Chevry » n’est pas certain. Chenay, Chéroy, Cheny ou Cheney doivent aussi être comparés.

Piste : retrouver une adresse, une enveloppe ou une seconde photographie.
04

Quels camps après la Retirada ?

Argelès est transmis par Carmen et plusieurs camps sont évoqués par la notice libertaire, mais aucune fiche nominative ne donne encore la liste.

Piste : dossier OFPRA 31.463 et fichiers départementaux de réfugiés.
05

Benito Ferrer ou Bautista Ferré ?

Le nom mémorisé et la localisation reconstruite peuvent correspondre à deux fabriques voisines de La Sagrera.

Piste : padrón du foyer, plans d’abris et annuaires industriels.
Voir tous les dossiers d’enquête

Le soldat
sans nom

Le récit de Carmen conserve la trace d’un très jeune assistant d’Emilio. Son nom s’est perdu, mais deux gestes décisifs sont restés dans la mémoire familiale.

01
Près de Gérone · début 1939

Revenir donner des nouvelles

Alors qu’Emilio tente de franchir une rivière à la nage pour gagner la France, il demande au jeune appelé d’attendre de le voir sur l’autre rive, puis de rentrer à Barcelone prévenir Maria et les filles.

02
La Sagrera · 1949

Aider la famille à partir

Dix ans plus tard, devenu salarié, l’ancien assistant aide Maria, Eugenia et Aurora à finir de payer les papiers nécessaires à leur départ pour la France et aux retrouvailles avec Emilio.

L’exil devient un foyer

Au 8, rue Terrisse, Emilio finit par retrouver les siens. Carmen reste à Barcelone mais traverse la frontière avec sa propre famille. Dans la fédération locale de la CNT, on l’appelle « Valencia ». En octobre 1969, ses funérailles civiles réunissent les deux communautés qui ont formé sa vie.

ÉpouseMaria Pons PeidroFilleCarmenFilleEugeniaFilleAurora
Emilio sur un tracteur avec ses petits-enfants vers 1961
Vers 1961Avec Emili et Rosa Maria · identification familiale

Une histoire sourcée,
jamais figée

Les variantes Emilio / Emili, Llorens / Lloréns et Caballer / Caballé ont toutes été recherchées. Chaque affirmation est classée selon son niveau de preuve ; les erreurs des archives sont conservées et expliquées.

MIL

Centro Documental de la Memoria Histórica

Listes de commissaires, 7e batterie de Calella et documents militaires de 1936–1938.

OFPRA

Dossier français 31.463

État civil, adresse à Agde, profession et renouvellements du statut de réfugié.

CAL

Arxiu Històric Municipal de Calella

Photographies du phare et documentation locale sur la batterie côtière.

MEX

Archives diplomatiques mexicaines

Demande d’émigration collective depuis Les Écrennes et fiche professionnelle d’Emilio.

PRESSE

Las Noticias, Espoir, Le Combat Syndicaliste

Accident de 1937 et nécrologies publiées en 1969.

FAM

Archives et mémoire familiales

Photographies dédicacées, généalogie et récit transmis par Carmen Llorens Pons.

Dossier complet · 21 pages

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