Naissance dans la ville de Valence
L’acte civil déclare Emilio né au domicile de son père, à Valence. Godella est l’origine de ses parents et grands-parents, pas son lieu de naissance.
Ouvrier textile. Militant. Commissaire d’artillerie. Exilé.

De Valence aux rives de l’Hérault, le parcours d’un homme pris dans la guerre, l’exil et la reconstruction.
Une vie ordinaire traversée par une histoire qui ne l’était pas.
Emilio Llorens Caballer naît en 1901 dans la ville de Valence et grandit dans la Barcelone ouvrière. Imprimeur sur étoffes, militant de la CNT, époux de Maria et père de trois filles, il devient en 1936 commissaire politique d’une batterie côtière à Calella.
La défaite républicaine le pousse sur les routes de France. Camps, travail en Seine-et-Marne, projet d’émigration au Mexique, puis Agde : trente années d’exil avant sa mort en 1969. Ce site rassemble les traces aujourd’hui retrouvées et dit clairement ce qui manque encore.
Le récit de sa fille, annoté chapitre par chapitre, avec le PDF original.
→02La carte chronologiqueLes lieux, les dates, l’itinéraire et les deux candidats pour Chevry.
→03Tous les documentsActes, photos, listes militaires, presse et pièces encore incertaines.
→04Le carnet d’enquêteCorrections, réponses négatives et recherches prioritaires.
→Une géographie recomposée à partir des actes, des dossiers militaires, des cartes de réfugié et des photographies dédicacées.
Les lieux signalés par « ? » restent des pistes, pas des conclusions.
Arxiu Històric Municipal de Calella · Fons l’AbansLe 1er décembre 1936, un registre militaire place Emilio à la tête politique de la 7e batterie de Calella.
Cinq jours plus tard, l’histoire officielle du phare date l’installation d’une batterie antiaérienne sur le promontoire. Les souvenirs familiaux racontent une maison louée à proximité, les avions qui rasent la côte et la course vers le refuge de La Granja. Le témoignage du milicien Francesc Córdoba confirme ce paysage de guerre, sans permettre d’identifier tous les hommes photographiés.
«Dans les moments calmes, des habitants montaient au phare. On mettait le gramophone et l’on dansait.Voir l’inventaire officiel du refuge ↗
L’acte civil déclare Emilio né au domicile de son père, à Valence. Godella est l’origine de ses parents et grands-parents, pas son lieu de naissance.
La famille gagne Barcelone. Emilio devient ouvrier du textile, dans la section des imprimeurs sur étoffes du syndicat CNT.
Le couple se marie à Sant Martí de Provençals. Carmen naît en 1927, Eugenia en 1931 et Aurora en 1935.
Militant confédéral, Emilio rejoint une centurie d’une colonne anarcho-syndicaliste. Le nom exact de cette première unité n’est pas établi.
Une liste militaire le nomme commissaire politique de la 7e batterie du secteur de Barcelone, stationnée à Calella.
Le Port de Barcelone date l’installation d’une batterie antiaérienne au phare de Calella. Son identification avec la 7e batterie est très vraisemblable, mais le document ne cite pas Emilio.
Maria, leurs filles et Rosa Peidró vivent près de lui. Les souvenirs familiaux racontent les mitraillages à basse altitude, le refuge de La Granja, les tirs venus de la mer et les rares jours de danse au gramophone.
Las Noticias mentionne « Emilio Llorens, delegado político », venu de Calella et transporté à la clinique de la Mutualidad Alianza Mataronesa. Le nom, la fonction, le lieu et la date se recoupent ; le second nom Caballer manque.
Premier steward du Mar Cantábrico, Eugenio Llorens Caballero est exécuté à Ferrol après la capture du navire républicain.
Après la militarisation, Emilio sert comme commissaire dans un groupement d’artillerie de l’Armée républicaine. Le numéro exact de l’unité reste inconnu.
La famille et la nécrologie situent Emilio sur ce front. Son parcours d’artilleur rend cette présence très plausible, sans qu’un registre nominatif de l’unité ait encore été retrouvé.
Une nomination publiée au Diario Oficial du 26 novembre 1938 inscrit « Emilio Lloréns Caballé » parmi les commissaires délégués de compagnie de l’Armée de terre.
Il franchit la frontière française avec la défaite républicaine. Sa notice libertaire évoque plusieurs camps ; les dix mois à Argelès-sur-Mer relèvent de la mémoire familiale.
Installé en Seine-et-Marne, il signe une demande collective au consul du Mexique. Sa fiche le décrit âgé de 38 ans, ouvrier « Fabril y Textil », prêt à accepter un emploi. Il ne partira pas.
En vêtements de travail et béret, Emilio date et dédicace un portrait. La famille se souvient d’un travail lié au charbon de bois près de Paris.
Un portrait destiné à son épouse et à ses filles est daté de Chevry. Plusieurs communes correspondent à ce nom ; le lieu précis demeure à identifier.
Il s’établit au 8, rue Terrisse. Sa carte de réfugié le dit marié et agriculteur ; le dossier OFPRA porte des renouvellements jusqu’en 1963.
Maria, Eugenia et Aurora le rejoignent en France. Carmen, mariée à Andreu Sanz Oliva, demeure à Barcelone.
Il milite dans la fédération locale de la CNT, où son surnom rappelle ses origines. La vie reprend entre famille, travail agricole et communauté d’exilés.
Une photographie le montre au tracteur avec son petit-fils Emili et sa petite-fille Rosa Maria, qui a confirmé l’identification. La datation reste reconstituée à partir de leur âge.
Emilio meurt après une longue maladie et plusieurs opérations, à 67 ans. Ses nécrologies libertaires saluent un compagnon demeuré fidèle à ses convictions.
Espagnols et Français l’accompagnent au cimetière malgré les vendanges. Il repose au carré 14, tombe 114, dans la concession Iniguez Modeste.
Dans un registre militaire conservé à Salamanque, une ligne relie enfin une histoire familiale à un lieu et une fonction : « 7ª Batería (Calella) — Comisario político: Emilio Llorens Caballer — desde 1º Diciembre 1936 ».
Les Écrennes · 16.07.1942Dix années séparent la Retirada des retrouvailles avec Maria, Eugenia et Aurora.
Aux Écrennes, Emilio cherche une sortie vers le Mexique. Sa fiche de candidat à l’émigration résume une vie en quelques cases : 38 ans, « naturel de Valence », métier textile, hébergé dans le village. Le nom Caballer y est mal recopié « Paballer » — une erreur parmi celles qui compliquent aujourd’hui la recherche.

La demande collective promettait d’accepter tout travail. Aucun départ n’a été retrouvé : l’itinéraire d’Emilio s’est poursuivi en France.
Premier steward du cargo républicain, Eugenio Llorens Caballero épouse en mer la jeune Mexicaine Socorro Barbarena Palomino le 22 février 1937. Le navire est capturé le 8 mars. Socorro est expulsée ; Eugenio est fusillé le 8 juillet à Ferrol et enterré avec d’autres victimes au cimetière de San Mateo de Trasancos.
Cliquez sur une image pour l’examiner. Les légendes séparent les identifications certaines des datations reconstituées.
Une biographie documentaire doit aussi montrer ses silences. Ces pistes désignent les prochaines archives à explorer.
La notice libertaire parle d’une centurie confédérale, sans nommer la colonne. Durruti, Ascaso ou Ortiz ne peuvent être affirmées.
Piste : dossiers de milices et presse libertaire de Barcelone.La présence sur le front est cohérente et transmise par la famille, mais aucune pièce retrouvée ne donne le numéro de l’unité.
Piste : états nominatifs des commissaires de l’Armée de l’Èbre.La dédicace ne donne que le toponyme. Chevry-Cossigny et Chevry-en-Sereine figurent parmi les hypothèses de Seine-et-Marne.
Piste : listes d’étrangers et recensements communaux de 1945.Argelès est transmis par Carmen et plusieurs camps sont évoqués par la notice libertaire, mais aucune fiche nominative ne donne encore la liste.
Piste : dossier OFPRA 31.463 et fichiers départementaux de réfugiés.Le nom mémorisé et la localisation reconstruite peuvent correspondre à deux fabriques voisines de La Sagrera.
Piste : padrón du foyer, plans d’abris et annuaires industriels.Au 8, rue Terrisse, Emilio finit par retrouver les siens. Carmen reste à Barcelone mais traverse la frontière avec sa propre famille. Dans la fédération locale de la CNT, on l’appelle « Valencia ». En octobre 1969, ses funérailles civiles réunissent les deux communautés qui ont formé sa vie.

Les variantes Emilio / Emili, Llorens / Lloréns et Caballer / Caballé ont toutes été recherchées. Chaque affirmation est classée selon son niveau de preuve ; les erreurs des archives sont conservées et expliquées.
Listes de commissaires, 7e batterie de Calella et documents militaires de 1936–1938.
État civil, adresse à Agde, profession et renouvellements du statut de réfugié.
Photographies du phare et documentation locale sur la batterie côtière.
Demande d’émigration collective depuis Les Écrennes et fiche professionnelle d’Emilio.
Accident de 1937 et nécrologies publiées en 1969.
Photographies dédicacées, généalogie et récit transmis par Carmen Llorens Pons.